
Angine de Poitrine, c’est le gros buzz du moment.
On assiste à une invasion sur youtube d’une multitude de simili tutoriels à la façon “ugo décrypte” (pour écouter ce duo sans risquer une attaque? Comme si c’était si compliqué d’apprécier ou non une musique ! on-va-t-expliquer-le-microtonal, comprends-la-cabalistique-de-leur-rythme-en trois-leçons , etc..). Allons donc, avouons le, nous enfourchons tous ce cheval de bataille pour booster le SEO de nos sites et donner enfin une référence substantielle aux robots de google ! 😉
Bon le fait est que ce duo est réjouissant, exceptionnellement novateur dans le paysage actuel du rock n roll mais avec tout le sens de la comédie et de l’absurde qui les rend si populaires auprès de leur public. Il suffit de voir toutes les vidéos de leurs concerts où le public s’amuse, chante à l’unisson, fait les fous, et finalement célèbre avec une vraie ferveur le duo en faisant le nouveau geste de ralliement des générations actuelles, le triangle pour comprendre le phénoménal engouement qu’ils suscitent.
Techniques, ils le sont. Virtuoses même : le guitariste, si habile sur son manche et si jongleur sur ses loopers, le batteur, infatigable et qui change de pattern rythmique comme qui badine. La musique est inouïe, oui et en plus,interprétée par de grands musiciens.
On est comme envoûtes par la précision de ces gars ( un tuto de plus ne s’étonne pas : ben quoi, leur super looper délivre des bips de tempo dans leur casque…) c ‘est vrai pour l’attaque de leurs morceaux mais l’unisson de leurs séquences tarabiscotées laisse quand même pantois, tout midi mis à part.
De fait, on aime la sophistication – le maniérisme complexifiant – de leurs structures de morceaux mais qui s’épanouit de la plus jubilatoire des façons vers un rock absolument ravageur.
Et quelque part, devant ce rock qui prend des chemins de traverse pour nous réjouir comme tout morceau de rock authentique sait le faire, c’est à dire nous exciter, nous ragaillardir, nous rendre de suite accro au point de remettre le saphir sur le sillon, j’ai repensé à un titre d’un groupe des années soixante dix qui au milieu de l’effervescence des pop-bands de l’époque (oh oui tout le monde était fan du blues étiré et planant du Floyd, ou de la rocaille de Creedence Clearwater Revival, des coquineries des Sweet, des scandales d’Alice Cooper, ou de l’artillerie lourde de Led Zep) détonnait par un parti pris d’originalité pour ne pas dire d’incongruité et d’humour et qui prétendait changer toute la façon d’envisager le rock, c’était : les langues d’alouettes en gelée, du roi écarlate.
Dans le texte, Larks Tongues In Aspic Part 2 de King Crimson, ce crescendo bizarre et pourtant si simple(Fripp et Cross) haché de guitare satur, propulsé par la batterie de Bruford et la basse de Wetton, tout ce qui révélait que le réjouissant heavy du rock, son sel, pouvait passer par d’autres références que les progressions mineures en 12 mesures.
Le rock se doit d’étre tout simplement et surtout, ELECTRIQUE ! Et il ne faut pas galvauder les groupes qui nous offrent un nouveau voltage.
Les membres du duo de Poitrine semblent ( une interview à la radio traîne sur youtube qui démontre la simplicité de ces gars) suffisamment aguerris, sérieux (le boulot que ça doit représenter de se caler si parfaitement l’un sur l’autre/et réciproquement) suffisamment récompensés, munis d’un public et de fans à la hauteur de leur drôlerie dada, pour que l’aventure perdure.
Mais touchons du bois…